Blog / 2026 / Briser les Règles du Monde de l’Art: Peindre des Portraits

2 mars 2026

Eugène Delacroix La Liberté Guidant le Peuple 1830
Eugène Delacroix La Liberté Guidant le Peuple 1830

Autrefois, le monde de l’art était régi par une hiérarchie bien définie. Les peintures d’histoire, comme cette œuvre d’Eugène Delacroix datant de 1830, occupaient le sommet, car ce genre exigeait, selon la logique, le plus d’imagination. Les artistes étaient obligés de visualiser des moments du passé ou de la mythologie et de créer des compositions captivantes qui racontaient une histoire. Dans ce classement venaient ensuite les portraits, suivis des scènes de la vie quotidienne, puis des paysages, des représentations animalières, et des natures mortes.

Cette hiérarchie des genres était imposée par des institutions artistiques dans divers pays européens à partir du XVIIe siècle, prenant généralement la forme d’académies. Ces institutions dictaient les techniques artistiques enseignées, les sortes d’œuvres qui étaient exposées, et les artistes qui recevaient des commandes royales.

Fondées à l’origine pour encourager la créativité en distinguant les beaux-arts de l’artisanat, les académies et leurs règles ont fini par nuire à beaucoup d’artistes. Ceux qui se concentraient sur les genres moins prestigieux ou dont les choix stylistiques s’écartaient des conventions luttaient pour obtenir la reconnaissance et les opportunités qui en découlent. Pourtant, ils trouvaient des moyens de contourner les règles, comme en créant le Salon des Refusés à Paris en 1863. Leur ténacité a donné naissance à une forme de résistance organisée aux règles du monde de l’art, imité depuis plus d’un siècle maintenant.

processus de peindre une maman et son adolescent
processus

La hiérarchie des genres s’était largement effondrée au début du XXe siècle, mais le monde de l’art actuel persiste dans son jugement. Pour ma part, je juge le fait de juger une sorte d’art par rapport à une autre comme une forme de snobisme, une expression de soi où les opinions tranchées d’un individu finissent par définir toute sa personnalité.

À mon sens, ce n’est jamais le type d’art qu’il faut rejeter ou privilégier, mais l’œuvre d’art elle-même. Autrement dit, tout au long de me 23 ans de carrière, j’ai été confronté à maintes reprises à ce concept simpliste et superficiel:

“Les portraits sont stupides car ils ne font que révéler l’importance démesurée que se donnent les sujets.”

Je n’irai pas jusqu’à dire que cette déclaration est toujours faux, mais traiter d’égocentrique toute personne ayant fait réaliser son portrait est évidemment une généralisation abusive. De plus, cela étouffe toute possibilité de curiosité:

Pourquoi ce portrait en particulier a-t-il été peint? Pourquoi un artiste a-t-il pris le temps de réaliser cette œuvre précise?

peinture d’une maman et son enfant, tous deux souriants, œuvre de Gwenn Seemel
Gwenn Seemel
Shelda et Ry
2025
acrylique sur toile
76 x 76 centimètres

Dans ce cas, il s’agit d’un tableau représentant une mère et son enfant, que j’ai déjà peint à plusieurs reprises—en 2017 et 2020. La maman apprécie l’idée de marquer les moments passés en famille par l’art plutôt que de se fier uniquement aux photos prises avec un smartphone.

Kelly Sullivan, portrait par Gwenn Seemel
Gwenn Seemel
Kelly
2022
acrylique sur papier
17 x 11 centimètres

Ici, le portrait fait partie d’une série qui qui interroge la suprématie de la technologie: c’est l’une des peintures que j’ai réalisées dans le cadre de mon Facebook analogique.

une femme voilée et son fils
Gwenn Seemel
La Mère et l’Enfant (Nikki et Moe Qui Se Vantent)
2017
acrylique sur coton piqué
chaque œuvre 46 centimètres de diamètre

Ce tableau vient d’une collection intitulée La Magie Empathique, qui montre comment nous nous cachons les uns aux autres, ainsi que la manière dont nous nous exprimons plus pleinement.

Deloris, portrait peint en couleurs vives par Gwenn Seemel
Gwenn Seemel
Deloris
2019
acrylique sur bois
36 x 29 centimètres

Voici le portrait d’un organisateur syndical, réalisé pour figurer dans un ouvrage des Presses Universitaires de Cornell.

portrait artistique d’Ella Jaroszewicz, deuxième femme de Marcel Marceau
Gwenn Seemel
Ella Jaroszewicz (La Lionne Lumineuse)
2021
acrylique sur bois
18 x 13 centimètres

Et voici un tableau que j’ai fait pour moi-même. C’est l’image de l’artiste qui m’a le plus influencé.

Je réalise beaucoup de portraits—au point où j’ai récemment créé une sorte de compilation des meilleurs moments pour que les visiteurs de mon portfolio puissent se faire une idée de l’importance que j’accorde à ce genre sans avoir à parcourir mes nombreuses galeries en ligne.

Je peins des portraits parce que cela me permet de vivre de mon art, parce que j’y prends plaisir, et parce que faire un effort pour mieux comprendre comment les autres se perçoivent me permet de me sentir plus proche de l’humanité.

Je réalise beaucoup de portraits même si ce genre est encore décrié par une grande partie du monde de l’art, et je le fait parce que les règles qui y règnent sont souvent absurdes. De plus, elles évoluent au gré des caprices et des goûts de l’époque, alors pourquoi pas les briser?


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