Blog / 2009 / L’Artiste Fauché et le Vendu

30 septembre 2009

Les artistes vivent avec deux stéréotypes de leur profession qui sont à la fois extrêmes et extrêmement dangereux.

L’artiste fauché est le plus populaire des deux. Presque tout le monde nous met dans cette catégorie quand on découvre que nous sommes artistes. Et cette expression peut signifier “fainéant qui ne contribue rien à la société” ou “dilettante excentrique.” C’est aussi le stéréotype que choisissent la plupart des artistes. Après tout, il y a une fierté dans la vie bohème, une certaine pureté associée à la persévérance nécessaire pour ne pas renoncer à un emploi que beaucoup considèrent comme un passe-temps.

D’autre part, le vendu—l’artiste qui ne vend pas seulement ses œuvres mais aussi son âme—est uniquement à usage interne. La plupart des gens qui ne sont pas dans la communauté artistique ne traiteront jamais un artiste de sell-out. C’est le titre qu’un artiste (en général un artiste fauché) donne à un autre (un qui a plus de succès) pour dénigrer les réussites de ce dernier.

Ces stéréotypes d’artistes n’ont rien à voir avec la réalité. Le concept de l’artiste fauché est une maladie de l’esprit, et le vendu n’existe pas.

Pour les artistes, l’idée—ou même l’idéal!—de l’artiste fauché est une manière de se sentir bien en soi même si on est pauvre; pour les autres, c’est une manière confortable de ne pas soutenir la créativité.

Et, en ce qui concerne le vendu, la seule personne capable d’établir si un artiste en est un, c’est l’artiste lui-même. Après tout, ce titre suggère que l’artiste a agi d’une façon qui ne correspond pas à sa philosophie personelle. Puisqu’il n’y a pas moyen de comprendre exactement comment un autre définit l’intégrité, il n’y a pas moyen de savoir si l’autre s’est trahi lui-même ou non.

portrait peint en acrylique
Gwenn Seemel
Jeannette
2009
acrylique sur toile
122 x 86 centimètres

Dans ma carrière, je n’ai fait qu’une chose dont je ne suis pas entièrement fière quand je regarde la situation avec un peu de recul. Dans ce cas, je suis devenue une vendue, mais cela m’a aussi permis de mieux comprendre qui je suis et qui je veux être.

Pourtant, il y a beaucoup de choses que je continue à faire dans mon travail qui ne sont pas conformes aux règles du monde de l’art d’aujourd’hui. Par exemple, je crée des œuvres sur commande, ce qui se fait moins souvent depuis que nos sensibilités ont changé et que la plupart des artistes préfèrent garder la création de l’art à l’écart de l’argent. Beaucoup croient que travailler sur commande signifie que l’artiste est obligé de faire exactement ce que son client lui ordonne de faire.

Et pour beaucoup d’artistes c’est sans doute le cas, mais je n’ai jamais crée une œuvre sur commande qui n’était pas aussi entièrement la mienne. C’est une attitude qui me profite puisque comme ça je peins comme j’ai envie de peindre tout en étant payée, mais ma façon de travailler marche bien pour mes clients aussi. Puisque je travaille comme j’ai envie de travailler, mes clients se retrouvent avec de l’art dont je suis fière. Par exemple, le portrait de Jeannette (l’image ci-dessus) est un portrait peint sur commande, mais tout ce que Jeannette m’a demandé de faire est de peindre son portrait à ma manière, et Jeannette et moi sommes toutes les deux heureuses du résultat.

Je ne vois pas le monde en noir et blanc. Mes choix ne sont pas soit l’art sans clients soit l’art commercial; ma vie ne sera ni la vie d’un artiste fauché ni celle d’un individu qui a vendu son âme. Ce qui se passe entre les extrêmités est beaucoup plus intéressant et c’est là que j’essaie toujours de me retrouver.

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